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Parution des Exilées d'Eschyle

 

La nouvelle traduction des Exilées d'Eschyle par Irène Bonnaud, suivie des textes de Violaine Schwartz, Io 467 et Flux migratoire 


" Une nouvelle traduction qui fera date. Une langue qui nous parle, nous touche, nous ébranle dans une Europe, et particulièrement une France, où les demandeurs d’asile sont souvent considérés comme des pestiférés."

 

Jean-Pierre Thibaudat, Zeus, Eschyle et Irène Bonnaud face aux demandeurs d'asile 


Büchner, biographie générale 

 

De Frédéric Metz - adapté par Irène Bonnaud

Réalisation : Alexandre Planck, en collaboration avec Irène Bonnaud et Quentin Sirjac. Avec les comédiens de l'Ecole du Théâtre National de Bretagne. Enregistré en juillet 2014 dans la Cour du Musée Calvet / Festival d'Avignon. 


Fictions / France Culture - à écouter ici.

 

 

 

 


Nouvelles traductions d'AjaxElectre, La Mort d'Héraklès, Œdipe à Colone et Philoctète de Sophocle

 

Commandes de Gwenaël Morin pour le Théâtre Permanent - Théâtre du Point du Jour (Lyon).

Créations dans le cadre des Tragédies de Juillet, au Théâtre du Point du Jour et aux Nuits de Fourvière, d'Ajax et d'Electre en juillet 2015, de La Mort d'Héraklès en juillet 2017, reprise d'Ajax et création d'Œdipe à Colone et de Philoctète en juillet 2018. 

Guerre des paysages 

Πόλεμος Τοπίων

 

D'après le livre d'Ilias Poulos Tachkent - Mémoires en exil

Textes additionnels Dimitris Alexakis 

Création le 6 mai 2017, reprise à partir du 5 novembre 2017 au KET (TV Control Center), Athènes. Représentations au festival Scènes d'Europe, Comédie de Reims, les 12 et 13 février 2018.  

 

Mercredi, jeudi à 19h30, vendredi à 20h30, samedi à 18h et dimanche à 16h. 
Durée 1h25. 

Spectacle en grec surtitré. 

 

Après la fin de la guerre civile, en octobre 1949, plusieurs milliers de combattants de l’Armée Démocratique ont été transportés, cachés dans les cales de cinq cargos soviétiques, du port albanais de Durres aux rives orientales de la Mer Noire, pour ensuite être installés à Tachkent, Ouzbékistan. C’est là qu’une cinquantaine d’entre eux ont été interviewés un demi-siècle plus tard par le plasticien et photographe Ilias Poulos, lui-même fils de combattants de l’A.D. et né à Tachkent dans les années 50.

Précieux, les témoignages recueillis par Ilias Poulos le sont car nul autre que lui peut-être n’aurait pu ou su les obtenir ainsi, à ce point nus, sans fioritures ni langue de bois. Ils paraissent étonnamment peu politiques, ces témoignages, qui disent le froid, la faim, la fatigue, l’enfance aussi - l’enfant perdu dans la forêt, saisi par l’angoisse de ne  retrouver plus son chemin, l’enfant qui voit un cadavre pour la première fois, celui qui ne sait faire que faire d’armes trop grandes pour lui, chante une comptine dans la nuit pour se donner du courage ou ramasse les douilles derrière le mur de l’école.

L’écrasante majorité des combattants de « l’armée démocratique » étaient très jeunes, des adolescents souvent, des jeunes femmes aussi (20% des effectifs). Certains étaient là par conviction, pour continuer la guerre de libération, et parce que, face à la terreur des bandes fascistes, ils n’avaient d’autre choix que de rejoindre les montagnes, beaucoup presque hasard – parce qu’ils avaient été enrôlés de force ou parce qu’ils avaient suivi les copains. Une drôle d’adolescence qui aura décidé de toute leur vie, surtout pour ceux-là, éternels exilés dans leur petite Grèce des steppes d’Asie centrale.

 

On nous dira que le théâtre ici se fait archéologue, mais au fond, la conjuration des spectres a toujours été de son ressort. Comme dit Ilias Poulos : « Voilà des souvenirs qui surgissent de nulle part, et qui poussent comme des champignons – comment dire lesquels sont vénéneux ? ». 

Depuis ma première mise en scène, Tracteur de Heiner Müller, où le passé littéralement explosait et emportait la jambe du protagoniste, mon travail théâtral a toujours entremêlé petite et grande Histoire, l’enchevêtrement de la vie privée et de la vie politique, de l’intime et du collectif. Sur les photographies, les grands portraits noir et blanc qu’Ilias Poulos a faits de ses témoins de Tachkent, chaque ride, chaque tache ou irrégularité de la peau reparaît dessiner les flancs, les crevasses, les sentiers du Grammos ou du Vitsi. « Psycho-géographie », ou comment suivre la trace des idées dans la chair.

 

Que reste-t-il ? Des textes solitaires en attente d’histoire. Et la mémoire trouée, la sagesse craquelée des masses menacées d’oubli immédiat. Sur un terrain où la leçon est si profondément enfouie et qui en outre est miné, il faut parfois mettre la tête dans le sable (boue pierre) pour voir plus avant. Les taupes ou le défaitisme constructif. (Heiner Müller) 

 

Amitié  


Montage d’un récit pour le cinéma de Pier Paolo Pasolini (Porno Théo Kolossal dans une traduction d’H.Joubert-Laurencin) et de fragments du théâtre d’Eduardo de Filippo (dans de nouvelles traductions d’Emanuela Pace) 

Mise en scène Irène Bonnaud 

Avec Martine Schambacher - François Chattot - Jacques Mazeran 

Collaboration artistique Katell Borvon - Costumes Nathalie Prats - Lumières Daniel Levy 

Résidences de création : Lilas en Scènes - 3 décembre 2018 - 21 janvier 2019, Théâtre de Châteauvallon - scène nationale, du 18 juin au 1er juillet 2019. 

Création Festival d'Avignon - spectacle itinérant - du 5 au 23 juillet 2019

Amitié  - tournée – saison 2019-2020 


- 5 > 7 novembre au Centre dramatique national Besançon Franche-Comté
- 9 > 10 janvier à l’Espace des arts, scène nationale de Chalon-sur-Saône
- 27 > 28 février au Théâtre sortieOuest - EPIC Hérault Culture (Béziers)
- 12 > 16 mai au Théâtre Olympia, centre dramatique national de Tours
- 19 > 27 mai au Théâtre des 13 Vents, centre dramatique national de Montpellier


Production Festival d'Avignon

Coproduction Châteauvallon Scène nationale, Centre dramatique national Besançon Franche-Comté, Centre dramatique national de Tours Théâtre Olympia, EPIC Hérault Culture - Théâtre sortieOuest, CCAS les Activités sociales de l'énergie, Espace des arts Scène nationale Châlon-Sur-Saône

 

Spectacle en tournée saison 2019-2020

Fouillant dans l’œuvre d’Eduardo de Filippo, nous avons découvert l’amitié qui le liait à Pier Paolo Pasolini. Histoire surprenante d’une rencontre entre deux figures de la culture italienne qu’on imagine comme vivant sur des planètes différentes, mais qui s’apprêtaient à tourner un film ensemble quand Pasolini fut assassiné. 

Le récit écrit par Pasolini pour esquisser ce film «théologique pornographique à grand spectacle» n’a été publié qu’en 1989 en Italie et récemment traduit en français. Il raconte l’histoire d’Eduardo de Filippo (dans son propre rôle), Roi Mage qui part de Naples pour suivre l’étoile jusqu’à Bethleem. Mais bien sûr, il se trompe de direction, traverse la Rome des années 50, découvre la violence des années 70 à Milan, le suicide de la gauche et la victoire du fascisme à Paris, se perd si bien en chemin qu’au bout de mille aventures, et sans plus un cadeau en poche, il arrive en Palestine en retard, très en retard : un petit Arabe qui vend des souvenirs aux touristes lui apprend que le Christ est mort depuis longtemps, qu’il est d’ailleurs pratiquement oublié. Eduardo meurt de saisissement, ou de fatigue, et Ninetto Davoli, transformé en ange, l’emporte au ciel - où il n’y a rien.  

Tout compte fait, on imagine pourquoi Pasolini, qui avait déjà tourné avec Toto dans les années 60, tenait à écrire un film pour Eduardo. C’est que ce dernier représentait une tradition artisanale, très spécifique, très régionale, celle de la comédie napolitaine, un rapport à la langue, au dialecte, qui finissait par incarner une forme de résistance au nivellement général par la télévision et la société de consommation, en laquelle Pasolini voyait, on le sait, une mutation anthropologique profonde. 

« Quand il ne restera plus rien du monde classique, quand tous les paysans et les artisans seront morts, quand l’industrie aura fait tourner sans répit le cycle de la production et de la consommation, alors notre histoire sera finie. » (Pier Paolo Pasolini, commentaire pour le film La Rage, 1963) 

Les premières pages de Porno Théo Kolossal donnent l’impression d’un Pasolini qui nous présenterait un ami, plus âgé, lié à une mémoire, à un passé plus ancien. Mais on le sait, tout fut autrement. Pasolini, d’une vingtaine d’années plus jeune, est mort dix ans avant son ami, et Eduardo a écrit ce poème simple et beau, où il parle des dix-huit pierres laissées sur la plage d’Ostie à l’endroit où fut retrouvé le cadavre meurtri de l’écrivain, et c’est «la foi et l’espérance» qui referme le texte, comme pour résonner avec leur projet de film commun. 

Du reste, le texte de Pasolini commence par un hommage à Eduardo, prince des bas quartiers de Naples, mais prend de plus en plus l’allure d’une confession autobiographique : le premier titre du film devait être simplement Le Cinéma,- c’est dire si ce voyage avait, dans l’esprit de l’auteur, valeur de manifeste esthétique. L’étoile de Bethleem figure «l’espérance d’une vie nouvelle», dit le texte - «l’idéologie», dit Pasolini lui-même dans sa correspondance - une «connerie comme les autres, mais c’est cette connerie qui m’a permis de voir le monde», commente le personnage d’Eduardo à la fin. 

Reprenant le principe du récit picaresque, du road movie qu’il avait déjà adopté pour Oiseaux, petits et gros, Pasolini construit son récit sous forme d’épisodes qui correspondent aux villes traversées : Naples, Rome, Milan, Paris, Ur. Entre chaque station, des ellipses qui permettent de jouer des scènes tirées du répertoire d’Eduardo : dans une lettre, Pasolini précise explicitement qu’Eduardo pourra lui-même ajouter-écrire à partir du synopsis et improviser au moment du tournage («Les dialogues manquent, ils sont encore provisoires, parce que je compte beaucoup sur ta collaboration, même si elle doit être improvisée en cours de tournage»). 

Evidemment, ce travail n’a pas eu lieu, mais la structure épisodique, picaresque, non dramatique, du scénario nous permet aujourd’hui de procéder au collage de fragments et de pièces d’Eduardo et de nous servir de Porno Théo Kolossal comme fil conducteur, colonne vertébrale du spectacle. D’autant plus que le texte de Pasolini, écrit à l’oral, en s’enregistrant à l’aide d’un dictaphone, a toutes les qualités d’une fable, pratiquement d’un conte de Noël, adressée à un public de théâtre. 

«Dès que l’Etoile se pose sur l’étable, le pauvre Roi s’écroule à terre. Il n’en peut plus ! Quelle tristesse alentour : il n’y a ni la vache, ni le petit âne, ni la maman, ni le papa, ni le bébé. Le Roi des Rois est né, il a grandi et s’en est allé : sans doute est-il déjà mort sur la croix. Là-bas, dans cette vieille étable, il n’y a que la lumière inutile de l’Etoile». 

(Pier Paolo Pasolini, Lettre du 20 décembre 1968)